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 DES "ENLÈVEMENTS" ?

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CRUCRAS

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MessageSujet: DES "ENLÈVEMENTS" ?   DES "ENLÈVEMENTS" ? EmptyMer 20 Déc - 7:02

DES "ENLÈVEMENTS" ?
par le Dr Jacques Louys

Le bord des routes semblent également propice (en tout cas aux USA) à des rencontres « extraterrestres ». C’est ce que prétendent de très nombreuses personnes dans ce pays. De tels témoignages ont fait l’objet de nombreuses analyses. Malgré leur nature fantastique, les expériences décrites laissent encore un certain nombre de questions en suspend. Nous abordons là de manière très succinct un dossier très complexe et qui mériterait beaucoup plus qu’une page. Rappelons très brièvement que les témoins rapportent, généralement sous hypnose, avoir été « aspirés » de leur voiture (ou de leur chambre) dans un ovni afin d’y subir des prélèvements par des extraterrestres décrits comme des « petits gris ». Il était difficile de ne pas rappeler dans le cadre de ce numéro l’existence de ce type de témoignages dont la France semble relativement épargnée, et auxquels le Dr Jacques Louys, psychiatre qui s’est intéressé à cette énigme, nous apporte son point de vue. Une opinion courageuse à l’heure où très peu de ses confrères s’expriment sur le sujet, et qui ne sera peut-être pas partagée par tous, mais qui permet de mieux cerner le rôle premier d’un psychothérapeute face à des témoignages aussi complexes.

1 ) Une histoire d’enlèvement par des extraterrestres ( en anglais “abduction”, mot plus savant que kidnapping ), pose au psychothérapeute l’énigme de tout récit sortant de la banalité . Or, il n’y a pas de récit qui ne soit raconté, adressé à quelqu’un et toute réduction qui oublierait ce fait ne pourrait que lui sembler infondée . Il a donc à se poser d’abord comme interlocuteur de celui qui transmet un témoignage.

De plus, il est thérapeute : il ne peut s’abstraire de la plainte de l’autre, de la souffrance que le récit lui transmet . Un récit d’abduction qui ne soit pas une recherche de communiquer une souffrance ne le concerne pas. Les récits des contactés volontaires pour obtenir une mission quelconque sur terre de la part d’extraterrestres ne lui disent rien non plus. Les récits qui visent à une gratification financière ou religieuse encore moins. Cela dit, cette souffrance peut être plus ou moins apparente. Un homme d’âge mûr, qui affirmait son bonheur de partir chaque matin sur la lune par fusée express et d’en revenir le soir, passait en fait sa journée à traîner sa misère en fouillant dans les poubelles pour trouver à manger ; quand on lui fit remarquer ce comportement, il admit qu’il menait une vie difficile, même si sa pensée vivait autre chose pendant ce temps-là . Une autre façon de souffrir subtilement permet le parallèle avec les ravissements mystiques : quel meilleur destin que de vivre de telles gratifications, à condition que la personne ravie taise le fait que ses ravissements sont forcés et contre son gré . Mais ce problème de reconnaître la souffrance de l’autre reste mineur et les abductions donnent lieu généralement à des récits emprunts de souffrance voire même de terreur ; il est assez facile de faire la différence entre contacté et ravi.

2 ) Qu’a vécu vraiment le ravi ? Une berlue sincère ? Un envoûtement ? Une pulsion interprétative ? Une hallucination qu’il englobe dans un récit “explicatif” ? Un état confusionnel du à un effet électromagnétique inconnu ? Une tumeur cérébrale ? Un délire familial ? Une plongée dans la parapsychologie et la création ectoplasmique ? Une réelle rencontre d’extraterrestre ? une rencontre avec des êtres issus d’un espace-temps parallèle ? Un état de transe hypnotique volontaire ? De l’onirisme pathologique ? Une manipulation de la CIA... ? Chaque récit peut faire penser à l’une ou l’autre hypothèse sans compter celles que le psychothérapeute ignore. Celui-ci doit se rappeler que le système explicatif du plaignant oriente son récit et qu’il faut déjà lui demander s’il a changé d’idées depuis son expérience ; par exemple, le plaignant croyait à la sorcellerie auparavant, mais, après son enlèvement, il croit plutôt aux OVNI. C’est le deuxième point important après la reconnaissance de la souffrance de l’autre : cela a-t’il provoqué un changement de système explicatif chez le ravi ( cela lui en a-t’il éventuellement fourni un, alors qu’il ne pensait rien auparavant ) ou cela l’a-t’il plutôt conforté dans ses idées préalables ? Le psychothérapeute doit aider le plaignant à éclaircir ce problème sans que ses propres opinions n’interfèrent là-dedans . En effet, comment pourrait-il trancher ? Au nom de quoi cela servirait-il de suggérer une autre explication ? Toute investigation de sa part pour chercher “la vérité” ne serait que recherche d’enfermer le plaignant dans son système par défense contre l’emprise du psychothérapeute, ou ne serait que suggestion aliénante réussie. Ne parlons même pas des investigations sous hypnose qui sont le comble de telles mauvaises manœuvres.

Le psychothérapeute n’a pas le moyen de dire, à partir du récit de quelqu’un, ce que l’autre a vraiment vécu auparavant. Le récit est déjà une construction ultérieure qui a valeur de communication avec lui. C’est une reconstruction qui manifeste les capacités d’auto guérison de la personne. L’important, c’est qu’il se demande si le plaignant cherche à lui dire qu’il est conforté dans ses opinions ou qu’il veut témoigner qu’il a changé d’explication pour arriver à dépasser le traumatisme .

3 ) En effet, quelque chose a traumatisé le ravi, l’a blessé psychiquement et, parfois, physiquement . Un blessé a à être soigné, psychiquement et physiquement si nécessaire . Est-il si important de gloser, de finasser sur les causes exactes de sa blessure ? Non, ce n’est pas crucial, à moins de pouvoir agir directement et rapidement sur ces causes . Ce qui est plus important , c’est de comprendre comment ce traumatisme vient prendre place dans la suite des expériences traumatiques de la personne. Tout le monde vit des traumatismes divers dans sa vie . Ce sont des effractions qui dépassent les capacités de protection psychosomatiques de la personne . Le psychothérapeute peut trouver une certaine logique dans ces effractions qui mettent en jeu les faiblesses de construction de l’autre . Il doit l’aider à replacer son ravissement dans la série des expériences traumatiques qu’il a déjà vécu, car son travail de soin doit prendre en compte le point de faiblesse de l’autre à travers toutes les situations où il est apparu. Les abductions sont à replacer, par-là, dans le champ des traumatismes et des accidents et de leurs traitements spécifiques comme le sont, par exemple, les NDE, les viols, certains cancers etc.

En effet, une même personne peut vivre l’effraction traumatique de bien des façons et pas toujours sous la même forme.

En résumé, pour le psychothérapeute :

a) il s’agit d’un récit de souffrance traumatique ;
b) en savoir la cause exacte est secondaire, le récit est déjà une reconstruction à la recherche d’une guérison ;
c) toute blessure mérite un traitement adapté en appoint des tentatives d’auto guérison de la personne.

Yves Lalumière,
CRUCRAS/ADM
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